Culturel




" Une vie, une Oeuvre, pour le plaisir

   des passionnés d'Art Alsacien "                      

                               

  Monographies de Peintres Alsaciens par François Walgenwitz
francois.walgenwitz@sfr.fr
                      

 

Inès Wagner (1925-2020) 

Un art délicieusement féminin 

  

Ines Wagner 23c.jpg 
Inès Wagner



    

    Inès est née le 26 août 1925, à Baden-Baden dans la famille Schnurr. Baden-Baden, la façade classique de son Kurhaus, la nature, tout autour, agencée dans le meilleur style anglais… Etant née dans un tel cadre, Inès Wagner était, bien évidemment sensible à la beauté des choses et, en l’occurrence,  à l’élégance des princes et artistes qui s’y promenaient pour leur plus grand plaisir. Dès son enfance, elle a été attirée par les arts graphiques.
    

Après des études secondaires suivies dans sa ville natale, elle entre à l’EADS de Strasbourg où elle suit, jusqu’en 1944, des cours de dessin académique (nu, aquarelle), des cours de dessin de mode et de costumes, sous la conduite de Madame Ruland,et de Messieurs Kamm, Allenbach et Solveen. En 1944, retournée à Baden-Baden, elle travaille pour un journal de mode, «Die Frau» et des maisons de couture allemands.

 

Ines Wagner 24c.jpgDessin de mode

Aquarelle

Ines Wagner 25c.jpgDessin de mode

Aquarelle


 

   
En 1947, revenue en Alsace, elle épouse Louis Wagner, artiste peintre qui deviendra en 1948, le plus jeune professeur de l’EADS. Dès cette année, Inès Wagner, dessinatrice de mode dont le métier a été tué par la photographie, tient une belle revanche quand Germain Muller lui proposa de créer les costumes de son cabaret «Le Barabli», inauguré en 1946; le «Barabli», «qui est, sans doute, le premier ferment de l’Alsace qui reprend confiance en elle-même. Réaliste et satirique, il suscite un élan à la fois populaire et intellectuel qui permet, petit à petit, à l’Alsace de s’émanciper. Ses comédiens finissent par incarner autant l’esprit frondeur que le bon sens alsacien […]. Durant près d’un quart de siècle, il a été seul à représenter la faculté de créativité. Son non-conformisme sans excès explique le succès permanent avec plusieurs dizaines de représentations de chaque spectacle à travers toute l’Alsace devant des salles toujours combles» (
1)

    Inès Wagner a accompagné le Barabli dès ses premiers pas, lorsqu’il se produisait à l’Aubette dans une petite salle où conduisait le fameux escalier de Hans Arp. A cette époque, le rationnement était encore une triste réalité et les rideaux de l’appartement des Muller servaient de tissu pour les costumes. Etant devenue, dès lors, la costumière exclusive du Barabli, Inès a su exprimer dans ses maquettes les moindres nuances des traits de caractère des personnages qu’elle habillait: leur élégance, leur harmonie de formes et de couleurs, leur authenticité par rapport à une mode ou une origine ethnique…et ce, à travers des aquarelles et des gouaches d’une spontanéité séduisante, amusante et tellement efficace.

 

 

Ines Wagner 26c.jpgMaquette, le «barabli»

Aquarelle


Ines Wagner 27c.jpgMaquette, costume

Crayon aquarellé


Ines Wagner 28c.jpgMaquette, couple d’acteurs

Pastel, rehauts de blanc


Ines Wagner 29c.jpgMaquette, mode «Courrèges»

Gouache


Ines Wagner 30c.jpgMaquette «Strasbourg by Night»

Aquarelle

 

 


Ines Wagner 31c.jpgMaquette «Castroville»

Gouache


Ines Wagner 32c.jpgMaquette, silhouettes chinoises

Encre aquarellée


Ines Wagner 34c.jpgAffiche pour le 50ème anniversaire

Encre aquarellée

 

    Différentes manifestations ont marqué, durant l’été 1996 le 50ème anniversaire du Barabli. «Leur diversité témoigne à la fois du souvenir très fort que Germain Muller a laissé en Alsace et des aspects multiples de la vie d’un théâtre  qui ne se voulait pourtant que simple cabaret.» (2) Le costume, constituant un de ces domaines à part entière, Inès Wagner a organisé dans la galerie d’Art du Musée de la Chartreuse à Molsheim, une exposition, jugée «très sympathique», inaugurée le 1er Août. Elle lui permit d’ajouter une trentaine d’aquarelles folkloriques aux maquettes de la troupe de Germain Muller qui mettent pleinement en lumière les différents aspects du talent d’Inès

    On sortait de ce panorama enrichi et convaincu, d’une part, de la richesse d’un terroir prospère, intelligent, bien doté par la nature et le climat où vit un peuple «né coiffé», d’autre part, impressionné et séduit de la diversité des coiffes et des costumes; car il y en avait beaucoup au Barabli. Epousant les scénarios les plus échevelés du chantre de l’identité alsacienne, faisant apparaître nos contemporains en américains ou en chinois, Inès Wagner n’a pas cessé d’aquareller les costumes, les décors dont les maquettes nous ont restitué la vie éphémère et nostalgique, le temps d’une revue.

    Après 1960, Inès Wagner produit des maquettes de costumes pour le théâtre Municipal de Strasbourg et pour l’Opéra du Rhin

 

 

Ines Wagner 35c.jpgCostumes XVIIème siècle

Aquarelle


Ines Wagner 36c.jpgCostumes XVIIIème siècle

Aquarelle

 


    Inès s’est fait connaître très tôt par ses illustrations dans la presse d’après-guerre, bilingue encore pour plusieurs années. S’agissant de Bonjour, disparu depuis, et de l’Alsace, elle illustrait des romans feuilletons, des «Frauenromane». Choisissant le moment crucial de l’intrigue qu’elle traduisait de façon captivante par les attitudes des personnages et l’expression de leurs visages, elle attisait irrésistiblement l’intérêt des lectrices et des lecteurs.

 

Ines Wagner 37c.jpgIllustration de roman feuilleton

Journal: «Bonjour»

 

 

Ines Wagner 38c.jpgIllustration de roman feuilleton

Journal: «Bonjour»

 

    Concernant le Dernières Nouvelles de Strasbourg, en plus de l’illustration des épisodes de romans populaires, elle réalisait des affiches qui annonçaient les fêtes marquantes du calendrier

Ines Wagner 39c.jpgAffiche pour les DNA

Aquarelle

 

 

Ines Wagner 40c.jpgAffiche pour les DNA

Aquarelle

 

    Les villes de Strasbourg et Rosheim, le Musée de la culture, «La Folie Marco» de Barr, ainsi que d’autres instances ont fait appel à Inès Wagner. Des affiches remarquables de poésie, de dynamisme, d’élégance, en résultèrent.

 

 

Ines Wagner 41c.jpgAffiche «Libération»

Aquarelle


Ines Wagner 42c.jpgAffiche pour la Ville de Rosheim

Aquarelle


Ines Wagner 43c.jpgAffiche pour «La Folie Marco»

Aquarelle

 

    C’est dans ses créations personnelles qu’Inès s’exprime vraiment pleinement et avec autant d’aisance dans les aquarelles de petit format: des fleurs, des paysages, que dans des œuvres plus importantes comme ce triptyque

 

Ines Wagner 44c.jpgFleurs

Aquarelle


Ines Wagner 45c.jpgPaysage urbain

Pastel

 

Ines Wagner 47c.jpgTriptyque

Laque

 

     C’est l’aquarelle qui constitue sa technique de prédilection. Depuis 1982, elle pratique fréquemment la gouache, les pastels, particulièrement lumineux et, de connivence avec Louis, son mari, brillant expert dans cet art si délicat, les laques dont un paravent de cinq volets. A l’exemple de Louis, également, l’art sacré occupe une place importante dans l’œuvre d’Inès. Il est vrai qu’il n’y a pas d’art sans rapport avec la transcendance.

 

 

Ines Wagner 48c.jpgChapeau fleuri, l’élégance!

Aquarelle

 

Ines Wagner 49c.jpgChapeau fleuri, la séduction

Aquarelle


Ines Wagner 50c.jpgEvanescence

Aquarelle


Ines Wagner 51c.jpgJeune mariée en buste

Aquarelle


Ines Wagner 52c.jpgJeunes femmes en buste

Laque

 

 

  

 

Art sacré

Ines Wagner 53c.jpgMaternité

Crayon aquarellé

 

Vierge à l’Enfant

Laque

 

    Spécialiste du dessin de mode et de costume de théâtre, Inès Wagner en vint tout naturellement au costume alsacien. Certes, soucieuse d’authenticité, elle ne s’est pas contentée d’un inventaire classique, simplement documentaire. Chacune des œuvres qu’elle réalise et qu’elle expose, est avant tout une pure merveille. En l’occurrence, ce fut en 1989 à Molsheim dans les salles du Prieuré des Chartreux. «Du Nord au Sud, et à travers les siècles, écrit Jean Christian, elle nous révèle une Alsace pleine de finesse et de charme et des personnages aussi attachants que séduisants. Les couples sont gracieux et les femmes ont cette beauté un peu rêveuse et mélancolique de celles auxquelles Louis Wagner nous avait jadis habitués et dont nous sommes nombreux à rêver encore bien des années après sa disparition […] Il ne faut pas oublier que chaque détail des costumes de jadis avait une signification particulière, contribuant souvent à faciliter les relations humaines. L’art de se vêtir faisait beaucoup plus partie de l’art de vivre.» Ce que Charles Spindler et Henri Loux ont clairement et admirablement démontré de leur côté.

 

    Artiste sensible, Inès sait jouer avec des coloris si fins, évanescents, dans des aquarelles bleues-mauves ou beaucoup plus présentes dans de petites toiles «jolies comme des laques». La somptuosité et la variété du costume alsacien sont très bien rendues par Inès, une artiste qui a toujours montré, dans ses œuvres, son intérêt pour l’Alsace.

 

Ines Wagner 55c.jpgLa belle strasbourgeoise

Aquarelle et crayon

              

La grande époque, selon Inès Wagner, c’est quand Strasbourg était ville libre, surtout aux XVIème et XVIIème siècles. C’est l’époque où le costume est le plus stricte. Cela traduit l’idéologie du travail des protestants de Strasbourg. Mais, son siècle de prédilection, c’est le XVIIIème, celui de la «belle strasbourgeoise»

 

 

Ines Wagner 56c.jpgLe marié de Mietesheim

Aquarelle


Ines Wagner 57c.jpgMariage à Mietesheim

Encre

 

Ines Wagner 58c.jpgLa mariée de Hunspach

Aquarelle


Ines Wagner 59c.jpgJeune mariée en buste

Aquarelle


Ines Wagner 60c.jpg« L’infini du regard…»

Aquarelle


Ines Wagner 61c.jpgLa coiffe de Colmar

Gouache


Ines Wagner 62c.jpgEtude de coiffes

(Hoffen et Geispolsheim?)

Aquarelle

 

   
Tout est, dans l’art d’Inès, frais, jeune, charmant, sensible, en un mot, féminin. L’élégance, la souplesse de la ligne, la richesse, la jeunesse des coloris exaltent la grâce du corps féminin, justement! Les portraits idéalisés de jeunes femmes coiffées de bonnets ouvragés entourés de fleurs nous enchantent. La douceur des expressions, l’infini des regards leur confèrent une personnalité que possèdent seules les œuvres d’art authentiques. «Je vous assure, écrit Jean Christian: il suffit de plonger votre regard dans la profondeur d’un visage d’Inès Wagner, pour qu’à jamais vous en gardez le souvenir.»

    Sans quitter le mode figuratif, Inès Wagner s’est évadée par des chemins qu’elle a tracés elle-même pour son plaisir, adoptant ainsi le précepte de Baudelaire: «Aucun poème ne sera si grand, si noble, si véritablement digne du nom de poème que celui qui aura été écrit pour le plaisir d’écrire un poème.» Ce qui vaut pour la poésie vaut assurément pour l’œuvre peinte. Inès donne libre cours à son imagination, tout en restant fidèle à son sens exquis du Beau

 

 

Ines Wagner 63c.jpgBouquet

Technique mixte sur papier

 

Ines Wagner 64c.jpgHymne à la musique

Technique mixte


Ines Wagner 65c.jpgCoiffe rêvée

Technique mixte


Ines Wagner 66c.jpgEtude graphique

Aquarelle

 

 

     Inès expose à la Maison d’Art alsacienne en 1847, en 1950, en 1953 (avec Louis Wagner), en 1956…

     En 1977, elle expose à la Palette d’Or à Paris. Exposition qui concerne ses aquarelles et ses dessins de costumes folkloriques

     Elle expose ses tableaux et panneaux décoratifs à la galerie La Licorne à Cannes et à Juan-les-Pins de façon permanente

     A Baden-Baden, elle expose à la galerie «K» et participe à plusieurs expositions de groupe en Allemagne

     En septembre 1988, le musée de Pfaffenhoffen où Me Lotz organise chaque année plusieurs expositions consacrées à l’art populaire, accueille les costumes alsaciens d’Inès Wagner

     En mars 1990, l’Institut des Arts et Traditions populaires d’Alsace décerne à Inès Wagner le Bretzel d’Or, honorant ainsi ses mérites dans le précieux domaine du patrimoine régional, au profit du rayonnement de l’Alsace

 

Ines Wagner 67c.jpg


       «Le couple d’artistes, Inès et Louis Wagner, avait tous les charmes. Leur apparition faisait penser aux amoureux de Peynet qui étaient très en vogue à cette époque. Toujours élégants et pleins d’humour.»

(Une amie de longue date.)

 

 



Ines Wagner 68c.jpgCrédit photographique: Monsieur Luc WAGNER

 

 

 

 


 

Bibliographie

 

-        Bernard Vogler Histoire culturelle de l’Alsace – La Nuée Bleue, 1994 (1)

-        Jean Christian Inès Wagner et le 50ème anniversaire du «Barabli» - Les Affiches-moniteur (2)

-        Articles de presse: DNA, Les Affiches-Moniteur



 Mention Légale: Tous droits réservés. Aucune reproduction même partielle ne peut être faite de cette monographie sans l'autorisation de son auteur.